Saint Seiya / Les Chevaliers du Zodiaque : L’Or de Camus et l’Argent de mon père

Ce souvenir est extrait de mon ouvrage en cours d’écriture sur mon père : « On n’a pas les moyens d’être de droite ». Retrouvez cette partie autour de l’univers de Saint Seiya / Les Chevaliers du Zodiaque :

Alors que le manga Saint Seiya célèbre ses 40 ans cette année, les souvenirs des Chevaliers du Zodiaque restent intacts pour toute une génération dont je fais partie.

À la fin des années 80, le terme « Myth Cloth » n’existait pas encore dans les cours de récréation françaises. On parlait simplement des figurines des Chevaliers du Zodiaque, ces jouets mythiques sortis pour accompagner la diffusion de cet anime au Club Dorothée.

À cet âge où l’on se définit souvent par rapport à ce que possèdent les copains, j’ai fait une véritable « comédie » pour obtenir un jouet. Je voulais désespérément une figurine de la licence Saint Seiya. C’était l’anime que nous dévorions chaque mercredi depuis 1988, vibrant pour les combats épiques des cinq Chevaliers de Bronze emmenés par Seiya (Seiyar en français à l’époque), le Chevalier de Pégase, qui se dévouaient corps et âme pour protéger Saori Kido, la réincarnation de la déesse Athéna.

Ces figurines étaient caractérisées par des armures en métal (souvent assez lourdes) et des visages assez rudimentaires par rapport aux standards actuels. Les boîtes françaises possédaient également des rabats qui permettaient de voir la figurine et l’armure montée sur son socle.

Le prix affiché en rayon, 139 francs (environ 21 euros), représentait une somme importante pour un jouet de ce type à l’époque. Face à ce prix, mon père avait d’abord opposé un « non » catégorique. C’était un refus de principe, un rappel direct à la valeur de l’argent durement gagné et au prix des choses.

Puis, sous l’insistance de ma mère, la détermination paternelle avait fini par céder. Je me souviens encore de l’immense fierté qui m’habitait en arrivant à la caisse, serrant contre moi la boîte du Chevalier d’Or du Verseau : Camus. Ce n’est que bien plus tard, à l’âge adulte, que j’ai découvert que son créateur, Masami Kurumada, l’avait nommé ainsi en hommage à l’écrivain français Albert Camus, prix Nobel de littérature.

Dès lors, j’étais comme mes autres copains. J’avais mon « trophée », ma preuve d’appartenance au groupe. Cette petite victoire, je la devais à mon père qui avait fini par privilégier mon bonheur immédiat. À travers ce jouet, il m’offrait, à sa manière, les signes extérieurs d’une forme de réussite enfantine. J’avais enfin mon Chevalier du Zodiaque.

Merci, Papa.

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