Un jour, au collège Claude Monet à Ézy-sur-Eure, lorsque j’étais en 4e ou en 3e Mme B., ma professeure de technologie, avait lancé devant toute la classe :
« De toute façon, tu ne feras rien de ta vie. »
Certes, je n’étais pas un élève brillant et j’ai même échoué deux fois au brevet des collèges. Mais cette sentence n’était pas la seule que je portais. En moi, une autre présence silencieuse s’était installée bien avant : la peur de décevoir mon père. Je revois encore son visage fermé devant un nouveau bulletin médiocre et cette question qui me glaça :
« Pourquoi n’es-tu pas comme tes cousines, qui travaillent bien à l’école ? »
Mon père ne mesurait pas la violence de cette comparaison. Pour lui, la réussite scolaire était l’unique échappatoire, la seule porte vers une vie meilleure que la sienne. Moi, je n’y ai entendu que l’écho cinglant de ma propre défaillance.
J’ai porté ce fardeau comme un moteur. Après une orientation hasardeuse — du BEP Comptabilité au Bac Pro Commerce, de la fac de sociologie puis de droit — j’ai finalement trouvé ma voie dans le social. J’ai gravi chaque échelon : moniteur-éducateur à 25 ans, puis éducateur spécialisé à 35 ans.
Aujourd’hui, à 45 ans, je viens d’obtenir le CAFERUIS (Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Encadrement et de Responsable d’Unité d’Intervention Sociale), Diplôme Bac +4 dans le secteur du médico-social.
Avec ce diplôme en main, je repense à Mme B. et aux mots de mon père, non pas avec amertume, mais avec une sérénité victorieuse. Ce « rien » est devenu mon « tout ». Cette peur de décevoir m’a légué l’envie de réussir, mais elle m’a surtout appris une leçon essentielle que je transmets aujourd’hui à mes enfants : le plus beau des héritages n’est pas la réussite attendue, mais la liberté de tracer son propre chemin.
Si ce diplôme marque la fin d’un long chapitre personnel, il est aussi le fruit d’une aventure humaine que je n’aurais pu mener seul.
À mes camarades de promotion, je veux dire un merci immense. Dans les moments de doute, lors des travaux de groupe intenses ou des échanges informels qui nous ont tant appris, vous avez été bien plus que des collègues de formation. Vous avez été un miroir bienveillant, une force collective et une source d’inspiration.
Partager cette étape avec vous a rendu ce parcours non seulement plus facile, mais infiniment plus riche.
Merci d’avoir fait ce bout de chemin avec moi. Je suis fier de nous, fier de notre promotion, et j’ai hâte de vous revoir.
Ce ne sont pas les prophéties des autres qui définissent notre destin, mais la force des rencontres que l’on fait en chemin.
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