C’est un signal de mépris pour les travailleurs de l’ombre de l’Éducation nationale. Alors que la rentrée scolaire est chaque année marquée par le désarroi de milliers de parents d’enfants en situation de handicap faute d’accompagnement, la majorité sénatoriale (LR et Centristes) a balayé une proposition de loi visant à créer un véritable statut pour les Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap (AESH).
Cette proposition de loi, portée par les sénatrices socialistes Marie-Pierre Monier et Colombe Brossel et soutenue par les groupes de gauche et écologistes au Sénat, visait à transformer radicalement le quotidien des 148 000 AESH en France.
Un déni de réalité face à la précarité
Aujourd’hui, les AESH sont les piliers de l’école inclusive, mais ils restent les « travailleurs pauvres » du système. Avec un salaire moyen entre 800 et 900 euros par mois pour des contrats souvent imposés à temps partiel (24 heures hebdomadaires), la profession souffre d’un manque d’attractivité chronique.
Le rejet de ce texte, qui prévoyait notamment une revalorisation salariale et une intégration de plein droit dans la fonction publique, condamne ces agents à une précarité structurelle. Pour le Sénat, le coût budgétaire d’une telle mesure est jugé trop lourd, une posture qui occulte la réalité du terrain : sans AESH, il n’y a pas d’école pour des milliers d’enfants.
Le sacrifice de l’inclusion sur l’autel du budget
En assumant ce statu quo, la droite et le centre envoient un message clair : l’inclusion scolaire est une variable d’ajustement comptable.
Pour les élèves, c’est une perte de chance immédiate. L’absence d’accompagnement se traduit par une déscolarisation partielle ou totale, isolant l’enfant de ses pairs.
Pour les familles, c’est un retour forcé au domicile pour l’un des parents (souvent les mères), aggravant la fragilité économique des foyers concernés.
Pour les enseignants, c’est une surcharge de travail ingérable dans des classes déjà surchargées, rendant l’enseignement spécialisé impossible.
Une fracture entre les discours et les actes
Ce vote intervient alors que le gouvernement et la majorité parlementaire multiplient les discours sur la « priorité au handicap ». Ce décalage entre les promesses de « société inclusive » et la réalité des votes au Palais du Luxembourg souligne une vision de l’école à deux vitesses. En refusant de pérenniser et de professionnaliser les AESH, le Sénat bloque le seul levier permettant de passer d’une inclusion de façade à une inclusion réelle.
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