À l’occasion des 30 ans de la disparition de François Mitterrand, premier Président de la République de gauche de la Ve République, il est essentiel de revenir sur l’héritage d’un homme qui a profondément marqué l’histoire de France, non seulement par ses réformes, mais par l’impact concret qu’il a eu sur la vie des travailleurs.
Un bilan de conquêtes sociales et de libertés
François Mitterrand reste indissociable de grandes avancées qui ont « changé la vie » des Français. Ses deux mandats ont été marqués par une action volontaire de la gauche, instaurant des mesures de justice sociale majeures :
- La retraite à 60 ans et la 5ème semaine de congés payés : Des mesures qui ont offert aux travailleurs le droit au repos après une vie de labeur.
- La réduction du temps de travail à 39 heures et l’augmentation du SMIC : Pour que le travail ne soit plus seulement une survie, mais permette d’exister.
- Les lois Auroux (1982) : Elles ont fait entrer la citoyenneté dans l’entreprise, donnant une voix et des droits nouveaux aux salariés face à leur direction.
- Le RMI (Revenu Minimum d’Insertion) : Créé en 1988, il a instauré un filet de sécurité inédit, affirmant que personne ne doit être laissé au bord du chemin.
L’explosion des libertés et de la culture
Le mitterrandisme, c’est aussi l’ouverture d’une France qui s’essoufflait sous un carcan de traditions rigides :
- La libération des ondes et les radios libres : En mettant fin au monopole d’État, Mitterrand a permis une explosion de liberté d’expression dont nous bénéficions encore aujourd’hui.
- L’abolition de la peine de mort : Portée par Robert Badinter, cette réforme a ancré la France dans le camp de l’humanisme absolu.
- La dépénalisation de l’homosexualité : Un pas de géant pour les libertés individuelles et l’égalité des citoyens.
- L’ambition culturelle : En doublant le budget de la culture dès 1981, il a permis l’accès de tous aux arts, multipliant les infrastructures (Zéniths, bibliothèques, Maisons des Jeunes…) et les événements populaires comme la Fête de la Musique.
Le septennat de François Mitterrand a aussi été marqué par une politique architecturale audacieuse, visant à inscrire la modernité au cœur de l’histoire de France : La Pyramide du Louvre ; La Bibliothèque nationale de France ; L’Opéra Bastille ; La Grande Arche de la Défense ; La Cité des Sciences de La Villette…
Il existe un autre héritage, plus silencieux mais tout aussi solide, transmis au cœur des foyers ouvriers.
En effet, je ne peux dissocier Mitterrand du souvenir de mon père.
« On n’a pas les moyens d’être de droite. »
Cette phrase, que mon père m’a transmis à l’adolescence, sonnait chez lui comme une évidence. Ce n’était pas une leçon de théorie politique apprise dans les livres, mais le cri du cœur d’un homme qui connaissait la valeur réelle du labeur. Pour lui, être de gauche n’était pas un luxe intellectuel, mais la reconnaissance d’une classe, celle qui travaille dur, celle qui ne possède que ses bras pour avancer.
L’attachement qu’il portait à François Mitterrand s’inscrivait dans cette logique implacable. L’arrivée de « Tonton » au pouvoir en 1981 ne représentait pas à ses yeux une simple alternance, mais un véritable basculement. Enfin, après des décennies de silence, les travailleurs trouvaient une voix au sommet de l’État.
Dès qu’il évoquait Mitterrand, son regard changeait. Il y percevait le prolongement du Front Populaire de 1936 qui avait octroyé les premiers congés payés.
Je garde le souvenir de la soirée des vœux de 1994 qui conserve aujourd’hui une dimension presque sacrée. C’étaient les derniers mots télévisés du Président. Dans le salon, le silence s’était installé, pesant et solennel, il m’avait fermement demandé de me taire et d’écouter. Lorsqu’il fut question des « forces de l’esprit », l’émotion était palpable ; c’était comme si le chef de l’État s’adressait directement à lui.
Ce soir-là, plus qu’un discours politique, c’est une leçon de vie qui était transmise. Il enseignait, par son écoute recueillie, que la dignité n’est jamais un droit acquis, mais une bataille permanente. Il montrait que les acquis sociaux sont des « remparts fragiles » qu’il faut protéger avec vigilance. C’est faire en sorte que ceux qui n’ont pas les moyens d’être de droite puissent trouver dans l’État le protecteur de leur dignité.
Poster un Commentaire