1er Mai : de Chicago à Vichy, la lutte des classes contre l’oubli

Aujourd’hui, nous célébrons le 1er mai, la Journée internationale de lutte des travailleuses et des travailleurs. Instaurée en 1889, elle ne doit pas être confondue avec la « Fête du Travail ». Ce terme fut imposé en 1941 par le maréchal Pétain sous le régime de Vichy. L’objectif était clair : effacer la dimension contestataire et sociale de cette journée pour l’intégrer à la mystique réactionnaire de la devise « Travail, Famille, Patrie ». Rendre au 1er mai son nom d’origine, c’est refuser l’effacement de la lutte des classes.

Un héritage de sang et de conquêtes sociales

Nous rendons hommage à celles et ceux qui, par la grève et le sacrifice, ont arraché les droits dont nous disposons aujourd’hui : les congés payés, la retraite et la Sécurité sociale.

L’origine de notre jour férié remonte au printemps 1886 aux États-Unis. À cette époque, le mouvement ouvrier se mobilise massivement pour une revendication simple : la journée de huit heures. Le 1er mai, plus de 300 000 travailleurs cessent le travail à travers le pays.

La tension culmine à Chicago le 4 mai, lors d’un rassemblement à Haymarket Square. Alors que la police tente de disperser la foule, une bombe explose, déclenchant une fusillade. La répression qui s’ensuit est impitoyable : bien qu’aucune preuve ne les accable, quatre militants anarchistes sont condamnés à mort et pendus en 1887.

Ces hommes, entrés dans l’histoire comme les « Martyrs de Chicago », deviennent les symboles de la lutte ouvrière. En leur hommage, l’Internationale socialiste réunie à Paris en 1889 décide de faire du 1er mai une journée de mobilisation internationale.

Une tradition française ancrée

En France, le 1er mai est devenu un jour chômé et payé (définitivement en 1948). Traditionnellement, cette journée est marquée par les défilés syndicaux qui rappellent que les droits sociaux ne sont jamais acquis, mais toujours conquis.

Parallèlement, la tradition populaire du muguet persiste : offrir un brin de « clochettes » reste un symbole de porte-bonheur et de solidarité entre proches.

Pourquoi défendre le 1er mai face à la droite et l’extrême droite ?

Défendre le sens originel du 1er mai est aujourd’hui une nécessité politique. Cette journée, qui est la seule journée chômée et payée par les employeurs, subit des assauts idéologiques.

La droite (Macron, Philippe, LR) cherche souvent à transformer cette journée en une simple « fête de l’entreprise » ou de la « valeur travail » individuelle. En prônant la réduction des cotisations (qu’ils appellent « charges ») et le recul de l’âge de départ à la retraite, la droite tente de vider le 1er mai de sa substance : la protection collective contre l’arbitraire patronal.

Quant au RN, sous couvert de défendre les « travailleurs français », l’extrême droite tente de détourner le 1er mai vers le nationalisme. En opposant les travailleurs entre eux selon leur origine, elle brise l’internationalisme, qui est pourtant le fondement même de cette journée. Historiquement, l’extrême droite préfère la « collaboration des classes » à la lutte sociale, rejoignant ainsi la vision de Vichy qui voulait des ouvriers dociles et un patronat tout-puissant.

Défendre le 1er mai, c’est rappeler que le travail n’est pas une fête orchestrée par l’État, mais un terrain de lutte pour la dignité. C’est affirmer que le progrès social ne vient pas d’en haut, mais de la rue.

En ce premier mai, je souhaite, à l’instar de François Ruffin, que les salariés dits « essentiels » — tels que les soignants de la fonction publique hospitalière — bénéficient d’un salaire doublé lorsqu’ils sont d’astreinte. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui.

Qu’ils travaillent aux urgences, en réanimation ou dans les EHPAD, ces femmes et ces hommes sont fidèles au poste, comme tous les autres jours de l’année. Pourtant, beaucoup de citoyens ignorent une réalité frappante : le 1er mai n’est pas payé double pour eux. Les agents perçoivent une simple indemnité forfaitaire, comme pour n’importe quel jour férié, soit 60 euros bruts. Il est temps de reconnaître la valeur réelle de leur engagement, surtout en ce jour symbolique.

Bon 1er mai de lutte à toutes et à tous !

*dessin de Charb

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