
L’Assemblée nationale a définitivement adopté la loi sur le droit à l’aide à mourir, par 291 voix contre 241. Quelques mois après le vote de la loi renforçant les soins palliatifs, la France franchit une étape historique en apportant enfin une réponse plus humaine à celles et ceux que la médecine ne peut plus soulager.
Cette avancée n’a pas été obtenue sans difficulté. Elle a été rendue possible grâce à une alliance transpartisane réunissant la quasi-totalité des députés de gauche et une large majorité du camp présidentiel, malgré l’opposition des députés Les Républicains et du Rassemblement national. Parmi eux, Marine Le Pen et Robert Le Bourgeois, député RN de la 10ᵉ circonscription de Seine-Maritime, ont voté contre ce texte.
Contrairement à ce que certains ont voulu faire croire, cette loi n’ouvre pas la porte à une aide à mourir sans limites. Elle est au contraire l’une des plus encadrées au monde. Cinq conditions doivent impérativement être réunies : être majeur, résider de façon stable en France, être atteint d’une maladie grave et incurable engageant le pronostic vital, subir des souffrances que les traitements ne parviennent plus à apaiser, et être capable d’exprimer une volonté libre et éclairée. La décision est entourée d’une procédure médicale rigoureuse et de multiples garanties.
Cette loi n’impose rien à personne. Elle offre simplement un choix supplémentaire à celles et ceux qui vivent l’insupportable. Les soignants conservent, eux aussi, leur liberté grâce à la clause de conscience. Personne n’est contraint. Chacun est respecté dans ses convictions.
Je respecte profondément celles et ceux qui restent opposés à cette évolution. Les questions de vie et de mort touchent à ce qu’il y a de plus intime, et il est naturel que des sensibilités différentes s’expriment. Mais, au final, dans notre République, la loi prime sur les convictions religieuses.
Pour ma part, je fais partie de ceux qui pensent que la mort n’est peut-être pas une fin. Lorsque je lève les yeux vers le ciel, je me dis que notre existence s’inscrit dans quelque chose qui nous dépasse. Cette conviction personnelle me conduit justement à croire que respecter la vie, c’est aussi respecter la personne lorsqu’elle demande, en pleine conscience et dans des conditions extrêmement strictes, que cessent des souffrances devenues insupportables.
Les soins palliatifs doivent continuer à être renforcés partout en France. Ils sont indispensables et demeurent la réponse adaptée dans la grande majorité des situations. Mais ils ne peuvent pas tout. Certaines douleurs physiques ou psychiques restent réfractaires aux traitements. Fermer les yeux sur cette réalité n’aurait pas été digne.
Depuis de nombreuses années, je suis engagé au sein de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Cet engagement n’est pas celui d’un militant parmi d’autres. Il est le reflet d’une conviction profonde : dans une démocratie, la liberté de choisir sa fin de vie, lorsque toutes les garanties sont réunies, fait partie des droits fondamentaux de la personne. J’ai une pensée particulière pour Jean-Luc Romero-Michel, président d’honneur de l’ADMD, Jonathan Denis, président de l’association, et Yves Grégoire, délégué départemental de Seine-Maritime.
Je pense aujourd’hui à toutes les familles qui ont accompagné un proche dans une souffrance sans issue — dont je fais partie —, et à tous les soignants confrontés à ces situations impossibles, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui attendaient cette évolution depuis des décennies.
Cette loi ne retire aucun droit à ceux qui ne souhaiteront jamais y avoir recours. En revanche, elle offre enfin une liberté supplémentaire à ceux qui, au terme d’un parcours médical et humain extrêmement encadré, demandent simplement de partir avec dignité.
Une société se juge à la manière dont elle accompagne les plus fragiles. Aujourd’hui, la France affirme qu’à la fin de la vie, la compassion, la liberté et la dignité doivent pouvoir l’emporter sur la souffrance.
Poster un Commentaire